A propos du chômage
Par Serge Toussaint le vendredi 16 juillet 2010, 09:55 - Point de vue - Lien permanent
Comme chacun sait, le chômage sévit dans de nombreux pays et alimente la crise économique et sociale actuelle. En retour, l'état précaire de l'économie fait que des milliers de personnes perdent chaque jour leur emploi, auxquels s'ajoutent tous ceux et toutes celles, notamment parmi les jeunes, qui n'en ont jamais eu et qui en cherchent en vain (si vous le voulez bien, nous laisserons de côté ceux qui n'en recherchent pas ou plus, car ils sont très peu nombreux en comparaison des autres).
Si les causes du chômage sont multiples, je pense que l'une d'elles, et non des moindres, réside dans l'excès de machinisme et de technologie. De mon point de vue, et ceci n’est pas original en soi, la machine devrait avoir pour but d'aider l'homme ou de le remplacer dans les travaux trop pénibles ou dangereux. Mais avec le temps, et pour des raisons essentiellement financières et économiques, elle en est venue à le remplacer où cela n'était ni utile ni nécessaire. Un tel choix a non seulement supprimé un grand nombre d'emplois (pour la plupart manuels), mais également déshumanisé la société.
On aurait tort de penser que cet excès de machinisme et de technologie est dû au seul fait de décideurs "en haut lieu" ou de technocrates. Nous en sommes tous plus ou moins responsables, car pour ne pas nous fatiguer ou pour gagner du temps, nous avons tendance à utiliser des machines ou des accessoires dont nous pourrions nous passer. Pour prendre un exemple parmi d'autres, est-il vraiment raisonnable, dans un grand magasin, de faire soi-même le compte de ses achats sur une machine, sous prétexte de ne pas vouloir "perdre" quelques minutes dans une file d'attente ? N'est-il pas préférable de patienter un peu et de permettre ainsi à un caissier ou une caissière de conserver son travail ? De même, n'est-il pas mieux d'enregistrer son vol auprès d'un hôte ou d'une hôtesse d'accueil que sur une "borne d’enregistrement" on ne peut plus impersonnelle ? A chacun sa réponse, mais aussi sa part de responsabilité dans le chômage et dans la déshumanisation de la société.
Certes, un retour en arrière semble impossible. Et pourtant, est-il si absurde d'envisager que l'on remette des êtres humains à la place de certaines machines ? De nos jours, on prône la rapidité et la facilité en tout et pour tout, ce qui, de mon point de vue, nous rend de plus en plus impatients et paresseux. Sommes-nous pour autant plus disponibles, plus aimables, plus heureux ? Naturellement, (re)mettre l'être humain à la place de la machine où il serait sage de le faire ne réglerait pas totalement le problème du chômage. Mais cela (re)créerait de nombreux emplois, (ré)humaniserait la société et (re)donnerait le sens des valeurs. A l'inverse, poursuivre dans la direction actuelle ne fera qu'accroître l'individualisme ambiant et aboutira à un monde sans âme, conditionné par la course au progrès technologique et informatique. Et quand on sait que des ingénieurs s'emploient à mettre au point des robots humanoïdes pouvant effectuer nombre de tâches domestiques, ménagères et plus largement manuelles, on peut se demander si dans l'avenir, les machines n'auront pas plus de travail que les humains ?
Commentaires
Le goût de l'avenir : une volonté de le construire plutôt que de le subir. Une prise de conscience est en train de s'opérer : on ne peut plus continuer sur ce vélo fou en se disant que si l'on arrête de pédaler on tombe. La première valeur de l'entreprise, c'est son capital humain. C'est vrai aussi pour l'économie. L'Europe ferait bien de s'en souvenir. Cordialement.
Il est certain que le machinisme au travail a son utilité. Le drame est le chômage causé par ce machinisme excessif. Il est aussi certain que les humains ont à retrouver une place plus grande dans le monde du travail à la place ou autour des machines... Il me semble que parfois, avoir une activité manuelle (rémunérée ou non...) est bénéfique à beaucoup de points de vue...